Le traitre/Sorj Chalandon. - Grasset,2007
Luthier passionné et homme solitaire, Antoine est un artisan qui passe ses
journées à travailler le bois et le vernis dans son atelier parisien. Un jour, il découvre Dublin lors d’un voyage où il vient fêter les 30 ans d’un ami. Et c’est le coup de foudre pour
l’Irlande…
Un autre voyage et trois heures à Belfast suffisent : il est conquis par
la bière noire, les taxis collectifs, les frites qui graissent le journal roulé en cornet. En avril 1977, il y revient, en visite chez ses amis Jim et Cathy dont le fils de douze ans a été tué
par une balle plastique.
Dans un pub, à l'heure de la
fermeture et après avoir chanté l'hymne national, le luthier rencontre celui qu'il va appeler «mon traître» au détour de chaque page. Vétéran de tous les combats, Tyrone Meehan sera admiré et
respecté par Antoine et prendra, au fur et à mesure que les années passent, une place tout particulière dans sa vie.
Dans les années 80, l'armée
républicaine irlandaise faisait régulièrement parler d'elle. L'un de ses officiers, un certain Bobby Sands, condamné à cinq ans de prison pour possession d'une arme, allait mourir des suites
d'une grève de la faim et devenir le symbole planétaire du combat irlandais. A chaque nouveau séjour, Antoine aura un peu plus l'impression d'avoir trouvé une famille où il a sa place et il
souhaitera plus que tout, aider ce peuple et prouver qu’il est des leurs. Jusqu’au jour où il apprend que Tyrone, son ami de toujours, trahit son pays depuis près de 20 ans.
Un très beau livre qui rend
hommage à l’Irlande, qui tient en haleine et qu’on se force à refermer de temps en temps pour ne pas arriver trop vite à la dernière page.
Une fois n'est pas coutume, j'aimerais ici faire un lien du sujet pour vous inciter à aller voir l'excellentissime et non moins fracassant film de Steve Mac
Queen (homonyme du célèbre acteur) : "HUNGER" qui a, au passage, remporté la caméra d'or et le prix de la critique internationale au dernier Festival de Cannes... Il n'était
pas dans la liste des nominés sinon je pense qu'il aurait largement dépassé et supplanté le très beau film "Entre les Murs" en remportant la Palme d'Or. J'en suis sortie un peu en morceaux avec
une pensée (que dis-je une connexion forte et défiant toute distance kilométrique) pour mon amie Katrina, fille d'Irlande et d'Emma...
HUNGER, ou le combat pour la dignité des prisonniers
irlandais qui aboutira à la grève de la faim et à la mort de Bobby Sands.
En 1976, on est au paroxysme de la lutte indépendantiste en Irlande du Nord. En janvier 1972, la police
britannique avait tiré sur une manifestation pacifiste, tuant 14 personnes, ce fut le Bloody Sunday, auquel devait répondre en juillet le Bloody Friday, série d’attentats de l’IRA. En 1976, le
statut spécial des prisonniers indépendantistes est supprimé, ils sont désormais considérés comme des prisonniers de droit commun. Pendant près de 5 ans, ils vont lutter en prison et revendiquer
leurs droits. Leurs demandes sont simples : pas d’uniforme carcéral, pas de travail obligatoire, libre association, une visite, un colis et une lettre par semaine, remise normale des peines. En
opposition, les détenus vont vivre nus avec une simple couverture sur le dos et refusaient toute hygiène, allant jusqu’à recouvrir les murs des cellules de leurs excréments.
Dès le début du film, on est saisi par un univers terrifiant ; un univers fait d’un côté de corps nus et décharnés, de l’autre d’uniformes repassés et de matraques. La grève des couvertures
et de l’hygiène durera près de quatre ans, témoignant d’une ténacité nourrie par une histoire collective faite de plusieurs siècles d’humiliation et de mépris. Mais la machine carcérale était
plus forte, l’administration envoyant régulièrement laver de force au jet et rouer de coups les résistants. L’étape suivante était inévitable. Une série de grèves de la faim, dont celle de Bobby
Sands fut la plus célèbre…
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